Planifier la gestion de la douleur, est-ce possible?

L’idée de la douleur projetée par la société et l’entourage

Les femmes enceintes se font continuellement rappeler qu’accoucher, ça fait mal. Par leur entourage, par leurs familles, leur amis, par des passants, par les médias et la télévision. C’est malheureux, car un des facteurs permettant de diminuer la douleur est de ne pas anticiper que ce sera douloureux et être crispée lorsque l’on ressent des sensations intenses. Comme se cogner l’orteil sur une table fait plus mal lorsqu’on a eu une mauvaise journée que si on vient de gagner un million de dollars à la loterie.

Je ne crois pas que toutes ces histoires de douleur viennent en aide aux femmes enceintes.  Et souvent, les gens ne peuvent se retenir de raconter leurs histoires d’accouchement douloureux et/ou catastrophique aux femmes enceintes, sans compter les séries et les films qui montrent des femmes en douleur couchées dans un lit qui hurlent. Prendre le temps de se préparer à l’accouchement adéquatement permet de revoir notre rapport à cette douleur et de ne pas absorber les histoires que nous entendons partout. Mettre un enfant au monde n’est pas facile, mais ce n’est pas une maladie ou une torture comme on tente de nous faire croire.

Des sensations différentes vécues par chaque personne qui accouche

L’expérience de l’accouchement est quelque chose d’extrêmement intense pour la femme, probablement les sensations les plus intenses qu’elle n’a jamais vécues. Chaque femme ressent le travail de son utérus, de son col, le passage de son bébé dans son bassin et de son périnée de façon différente. Et chaque naissance se déroule de façon différente en fonction d’une multitude de facteurs, et il n’y a pas de scénario qui se compare d’une femme à l’autre (pas le même corps, pas le même bébé). Il est difficile de savoir à l’avance ce que l’on ressentira et quel moyen on souhaite avoir à notre disposition pour nous aider aux différents stades de l’accouchement.

Il n’est donc pas important de décider à l’avance si l’on prendra la péridurale ou non, car il est impossible de savoir à l’avance comment cela se déroulera. Seule la femme qui accouche le sait au moment où elle le vit. Ce qui peut être aidant cependant est de connaitre à l’avance les différentes options qui peuvent aider la femme lorsqu’elle ressent des sensations intenses, qui peuvent l’aider à se détendre pour faciliter la progression du travail. Chaque méthode de soulagement ou de confort comporte ses avantages et ses inconvénients. Aucun moyen n’est magique tout à fait, et souvent c’est une combinaison de moyens qui aidera la femme.

Quels moyens sont à la disposition des femmes et des personnes qui les accompagnent? Plusieurs. Il y a la péridurale qui est très populaire (72% des accouchements vaginaux au Québec) et qui est appréciée par beaucoup de femmes. La péridurale comporte ses avantages et ses inconvénients. Il est important de les connaitre avant, car évidemment lorsqu’on se sent un peu dépassée par les sensations, il est peu probable qu’on soit disposée à écouter les risques entourant cette procédure. J’encourage les femmes à bien s’informer sur les bénéfices et les conséquences de la péridurale et à la demander si elles en ressentent le besoin, tout en suivant leur instinct et leurs valeurs.

Plusieurs autres moyens existent pour rendre le travail plus confortable, pour faire progresser le travail,  par exemple, les positions et les changements de position, les massages, l’hydrothérapie, les points de pression, la suspension, les respirations, les phrases d’autosuggestion, etc. Ils peuvent tous être utilisés individuellement ou de façon combinée. Ce ne sont pas des moyens qui sont supérieurs ou inférieurs à la péridurale, ce sont simplement d’autres moyens qui peuvent être utilisés et qui peuvent vraiment aider une femme qui accouche. Je trouve cela très dommage lorsqu’une femme ne connait pas les différentes méthodes et ne fait qu’endurer les sensations jusqu’au moment où elle n’en peut plus et demande la péridurale. Il y a tellement d’options pour que les sensations soient plus faciles à vivre, et ce, à tous les stades de l’accouchement. Pourquoi s’en passer?